La venue d'Opeth à Lyon constitue un cadeau de Noël avant l'heure pour tous les amateurs de musique de la région. Après un passage plutôt discret en 2006 dans la petite salle du Transbo, Opeth est cette fois accueilli dans la grande salle, toutefois sans les gradins sur lesquels un rideau a été abaissé. La programmation en semaine n'arrange pas les choses, mais Opeth possède un public assez conséquent, qu'il a acquis suite à ses nombreuses tournées et à ses fantastiques albums, "Blackwater Park" restant sans doute le plus populaire. La récente sortie de "Watershed', à l'origine de cette tournée, a confirmé la bonne forme d'Opeth qui a de nouveau produit un album d'une grande qualité musicale, s'offrant même quelques expérimentations sur certains morceaux. La présence d'Opeth n'est pas la seule raison du déplacement des spectateurs ce soir, car celle des Américains de Cynic, qui ont marqué la scène métal (voir plus) avec leur album "Focus" sorti il y a plus de 10ans, semble réjouir de nombreux spectateurs présents, à tel point que certains auraient placé Cynic en tête d'affiche en lieu et place d'Opeth. Pour couronner le tout, ce sont les Allemands de The Ocean qui se joignent à cette tournée européenne, groupe qui complète parfaitement cette affiche, dont le principal intérêt réside dans la valeur et l'éclectisme musical des groupes. On aperçoit même Mikael Akerfeldt (chanteur/guitariste d'Opeht) le sourire aux lèvres à proximité du couloir menant aux loges, il a l'air en forme !
Il est à peine 20h quand les cinq Allemands investissent les lieux devant une salle bien occupée. La grande scène est presque saturée en raison du matériel, déjà installé pour gagner du temps, des groupes suivants. Deux drapeaux aux couleurs de THE OCEAN ornent les amplis latéraux. Le collectif allemand composé d'une trentaine de membres se voit réduit en un quintette composé donc d'un batteur, de deux guitaristes, d'un bassiste / backing vocals, et d'un chanteur, les musiciens classiques présents sur l'album voyant leurs parties samplées pour des raisons évidentes et pratiques. Après une intro lancinante, la musique se fait plus violente et les musiciens s'agitent dans tous les sens, notamment le guitariste situé à droite de la scène qui gesticule sans relâche ! Ce premier titre long et complexe est issu de la deuxième partie, "Proterozoic", du dernier album. Le ton est donné, The Ocean offre une musique complètement barrée mélangeant des influences hardcore et métal de façon judicieuse ; on pense à Mastodon ou encore à Neurosis. Le chanteur varie les registres avec une prédominance pour un chant hurlé parfaitement maîtrisé accompagné d'un headbanging énergique. The Ocean évolue dans un univers chaotique dans lequel on peut parfois trouver une terre plus accueillante sur laquelle s'installer. Tel est d'ailleurs globalement le concept de ce dernier opus des Allemands, Precambrian, véritable concept album illustrant l'apparition progressive de la vie, succédant à une période d'hostilité marquée par l'écrasante puissance d'une Terre infernale rendant la vie impossible. L'album, aussi massif que la période en question (le Précambrien est la plus longue ère géologique, elle débute à partir de la formation de la Terre) a été conçu majoritairement par la tête pensante du collectif, Robin Staps, qui officie à la guitare lors des concerts. Ce dernier s'évertue à transmettre une certaine émotion à travers la musique, empruntant ainsi quelques-uns de ses textes à de grands auteurs, notamment français, tels que le Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse pour les intimes), Baudelaire ou encore Nietzsche pour ce qui est de la culture allemande. Pressé par le temps, le groupe propose aux spectateurs quatre morceaux en piochant aussi dans son précédent album, avant de s'adonner aux remerciements puis de quitter la scène. Ce fut une belle prestation, dominée à juste titre par les morceaux du dernier opus, malgré les conditions pas forcément optimales pour apprécier la musique du groupe, en raison d'une scène étroite et d'une richesse musicale difficilement transposable en live. Jetez-vous donc sur Precambrian sans plus attendre !
Set-list :
- Calymmian ("Precambrian", 2007)
- Orosirian ("Precambrian", 2007)
- Ectasian ("Precambrian", 2007)
- The City And The Sea ("Aeolian", 2005)
Seulement 15 minutes plus tard, les quatre membres de CYNIC succèdent à The Ocean sous les acclamations du public, qui désormais remplit quasiment entièrement la salle. Un sentiment de respect mêlé à une émotion intense à la vue des deux ex-membres du regretté groupe Death envahit la plupart des spectateurs. L'introverti Paul Masvidal se place discrètement à son poste accompagné de ses trois acolytes, et ses premières émanations vocales marquent le début d'un voyage, court, mais intense. En effet, une ambiance presque spatiale, suscitée par cette voix robotique, s'installe dans la salle et subjugue l'assemblée. Cynic, reformé il y a peu, semble avoir retrouvé l'envie d'en découdre. Il suffit d'observer le magistral Sean Reinert, dont la batterie est placée à droite de la scène, qui se déchaîne avec joie derrière ses fûts ! Le second guitariste Tymon apporte une touche de violence à la musique plutôt calme de Cynic avec ses vocaux death, tout en assurant ses parties de guitare rivalisant de technicité avec celles de Paul, qui s'octroie néanmoins l'intégralité des passages mélodiques en son clair. Le son est un peu brouillon au début du set, mais il s'améliore progressivement. Progressif, c'est d'ailleurs l'adjectif qui peut s'appliquer sans crainte à la musique de Cynic. Les solos très techniques qui entrecoupent les chansons sont exécutés avec brio. C'est sans surprise le deuxième album du groupe qui est mis à l'honneur ce soir, sur lequel il est difficile et vain de placer une étiquette tant le groupe mélange divers éléments. Heureusement, Cynic n'oublie pas ses fans de la première heure, tant marqués par l'ovni "Focus", et joue ce soir quelques extraits de l'album (NdeWill : sauf l'incontournable "Veil Of Maya" !!!! Grrrrrr... comment Cynic a-t-il pu zapper ce monument du Metal prog ce soir ?!! Vraiment la seule déception de ce set, mais quelle frustration ! Vivement que l'on puisse revoir le groupe en tête d'affiche avec un set plus long parce que 30 minutes, c'est vraiment trop court !). Les morceaux un peu plus énergiques déclenchent d'ailleurs quelques mouvements de tête sporadiques, les spectateurs étant occupés à contempler ces quatre musiciens de renom. Paul Masvidal prend le temps de remercier laconiquement le public et de faire un peu de promo pour sa dernière oeuvre avant de s'envoler. Les spectateurs observent une dernière fois cette scène et la banderole trônant fièrement au fond de la salle, seul vestige de cette prestation hors-norme.
Set-list :
- Nunc Fluens ("Traced in Air", 2008)
- The Space For This ("Traced in Air", 2008)
- Evolutionary Sleeper ("Traced in Air", 2008)
- Adam's Murmur ("Traced in Air", 2008)
- How Could I ? ("Focus", 1993)
- Integral Birth ("Traced in Air", 2008)
Tête d'affiche oblige, l'attente de la venue d'OPETH est plus longue, on patiente jusqu'à 21h 45 en profitant des quelques morceaux de métal diffusés. La scène revêt les couleurs du groupe tandis que le matériel est dévoilé, l'imposant kit du batteur Martin Axenrot attirant tous les regards. Le silence se fait dans la salle au moment où les lumières s'éteignent tandis que les Suédois s'emparent de leurs instruments. Dès le premier morceau, on sait que ce concert sera grand, le son est énorme, peut-être un peu trop puissant, les guitares sont bien mises en avant, ce qui permet de profiter pleinement des riffs dantesques de ce premier morceau, issu de Watershed, "Heir Appearent". Le charme opère dès les premières notes, aidé par un jeu de lumières très efficace et collant parfaitement avec l'atmosphère des morceaux. Chaque musicien remplit sa fonction à merveille et le line-up actuel, avec notamment la présence du très bon Fredrik Åkesson à la guitare, semble être désormais solide. Martin Axenrot derrière ses fûts, critiqué lors de son arrivée dans le groupe en raison de son jeu trop brutal, s'adapte aux compositions du groupe, y compris les plus subtiles telle "Hope Leaves", même si le jeu de son prédécesseur Martín Lopez demeure un modèle de finesse à la batterie. Le public est littéralement envoûté par la magie du combo suédois dont les morceaux grandioses suscitent de vives émotions exprimées par des cris et autres expressions du sentiment ressenti à l'écoute de la musique d'Opeth. Mikael Åkerfeldt ne se gêne pas pour faire profiter le public de son humour pour le moins potache, en récitant quelques mots de français ou en s'amusant à exciter le public grâce à quelques remarques bien senties. Opeth pioche ça et là dans son vaste répertoire qui ne comporte aucun morceau réellement mauvais. Ce qui fait la grandeur du groupe, c'est sa diversité musicale, ainsi les longues pièces musicales comportent fréquemment un passage qui dépasse les frontières du style dans lequel Opeth est catégorisé, en témoigne ce break mirifique sur "The Lotus Eater", ou ce passage apaisant sur "Deliverance". A cette dualité musicale, qui fait voyager le spectateur de l'enfer au paradis, répond la dualité vocale de Mikael qui contribue à ce voyage, le personnage passant d'un growl à faire frémir les chaumières à une voix douce et calme invitant même les plus réfractaires à un groupe "métal" à se laisser tenter. Servi par des musiciens hors-pair, pour preuve les solos respectifs des deux guitaristes lors du rappel, l'entité suédoise offre un grand moment d'émotion dans cette salle du Transbordeur entièrement acquise à sa cause. On pourra toujours regretter l'absence de tel ou tel morceau, mais la set-list de ce soir s'avère homogène et tous les morceaux possèdent un charme propre. Il est un peu plus de 23h quand Opeth finit son set après un rappel contenant le fantastique "Drapery Falls". Nul doute que les fans, moi le premier, auraient aimé que ce concert ne se termine pas là, il faudrait au moins deux heures pour profiter pleinement de la qualité d'un groupe comme Opeth ! Il nous reste à remercier le tourneur Eldorado pour cette splendide affiche, mais aussi les groupes de ce soir et particulièrement Cynic et The Ocean dont les membres sont venus gentiment au stand de merchandising après le show afin de passer un moment avec les fans.
Set-list :
- Heir Appearent ("Watershed", 2008)
- The Grand Conjuration ("Ghost Reveries, 2005)
- The Lotus Eater ("Watershed", 2008)
- Godhead's Lament ("Still Life", 1999)
- Hope Leaves ("Damnation", 2003)
- Deliverance ("Deliverance", 2002)
- Demon Of The Fall ("My Arms, Your Hearse", 1998)
Rappel :
- Guitar solo, drum solo, bass solo
- The Drapery Falls ("Blackwater Park", 2001)



