A ma grande surprise je me rends compte qu'un groupe a entamé un concert dans la grande salle du transbordeur, il s'agit en fait de SYBREED, groupe suisse de métal indus s'ajoutant à cette date lyonnaise. Je n'ai pas suivi leur set, préférant discuter au bar en me remettant de mes émotions. Pour le peu que j'en ai entendu, le son était correct mais le style du groupe ne m'a pas séduit (refrains mielleux...). Le groupe a joué environ 30 minutes devant une salle se remplissant peu à peu, certains semblaient apprécier la musique des Suisses. (NdWill : en effet, le groupe est carré, notamment sur certaines parties déstructurées mais décidément, le look à mèches du chanteur a eu beaucoup de mal à prendre dans le public...)
Après une première prestation évanescente, les choses sérieuses commencent avec l'arrivée du groupe choisi par Gojira en personne pour assurer sa première partie, TREPALIUM. Le groupe en provenance du Poitou produit une musique mélangeant divers éléments musicaux, du jazz au death-metal, favorisant avant tout un groove qui ne laisse pas les auditeurs indifférents. Leur dernier passage en terre lyonnaise a eu lieu en novembre 2006 au modeste Lyon's Hall, dans le cadre de la tournée résultant de la sortie de “Alchemik Clockwork of Disorder”. Le groupe était parvenu à livrer une prestation de qualité malgré des conditions difficiles. Ce soir, avec quelques années en plus et surtout un nouvel album, Trepalium se produit sur la grande scène du Transbordeur, dans des conditions beaucoup plus favorables. Ce nouvel album, intitulé "XIII", a d'ailleurs vu sa sortie avancée suite à l'engagement de Trepalium sur cette tournée, autant dire que le groupe est débordé en ce moment ! Le premier morceau exécuté ce soir devant une salle qui est maintenant bien occupée est un extrait, forcément, de ce dernier album, il s'agit de "Daddy's Happy". Le titre est du pur Trepalium, un morceau lourd ponctué de riffs mélodiques et possédant un passage violent où la batterie se déchaîne, de quoi faire headbanguer le public ! Kéké, le chanteur, se balade sur scène à la façon d'un mort vivant et ne tarde pas à se mettre à l'aise en quittant son t-shirt, sa prestation vocale se fait sans accroc, sa voix gutturale émise par une bouche cachée par une masse capillaire importante produit l'image d'une véritable bête scénique. Le concert de ce soir a pour but de faire découvrir ce dernier album, d'où l'écrasante majorité de morceaux issus de ce dernier opus, dont le groupe semble très fier, et il a de quoi ! Malgré la présence d'influences rapidement reconnaissables (coucou Morbid Angel sur « Glowing Cloud » !), Trepalium se forge son véritable style, et le son de ce soir, pas parfait cependant, parvient à mettre en valeur les nouvelles compositions qui possèdent tous cette touche "boogie" vantée par Mario Duplantier (cf. l'article myspace annonçant la présence de Trepalium sur la tournée de Gojira). On retrouve tout de même quelques titres de l'album précédent, malheureusement pas de "Sick Boogie Murder" que tout le public réclamait, en raison de l'absence du chanteur de Klone et du saxophoniste conférant au morceau une grande partie de son charme. Le public présent semble apprécier la prestation, même si certains restent en retrait, les spectateurs ne tardent pas à s'agiter dans la fosse, et tout le monde se laisse envoûter par les passages jazzy et autres subtilités musicales qu'illustrent bien le très bon "Addicted to Oblivion". Kéké s'octroie quant à lui le luxe de slammer jusqu'au fond de la salle ! Le concert s'avère néanmoins de manière un peu monotone à force. Trepalium quitte la scène après 45 minutes de concert, ayant ainsi pu prouver au spectateur sa progression constante avec ce nouvel opus, à écouter d'urgence !
Set-list :
- Daddy's Happy ("XIII", 2009)
- Glowing Cloud ("XIII", 2009)
- Perversion of Reality ("Alchemik Clockwork Of Disorder", 2006)
- Addicted to Oblivion ("XIII", 2009)
- Inner Hell ("XIII", 2009)
- And Now... ("XIII", 2009)
- World Plague ("XIII", 2009)
- Decayed Emotions ("Alchemik Clockwork Of Disorder", 2006)
- Saddistik Peace ("XIII", 2009)
- Fant-easy Reality ("XIII", 2009)
Il ne faut pas attendre longtemps pour voir apparaître GOJIRA, à savoir les quatre hommes qui ont attiré tant de personnes ce soir. La salle est quasiment pleine et il devient difficile de circuler lorsque Mario prend place derrière sa batterie. Ce n'est pas "The Silver Cord" qui est chargée d'annoncer la venue de Gojira ce soir, mais le dernier passage musical de l'album "The Way of All Flesh". Cette douce musique retentit dans la salle sombre qui attend que Gojira vienne rayonner de toute sa splendeur. C'est alors qu'apparaissent Joe, Christian, et Jean-Michel, que nous sommes prêts à suivre jusqu'aux confins de l'univers, oubliant pendant quelques minutes toute notion d'espace et de temps.
Dès les premières notes du mystérieux "Oroborus", tout s'accélère, et les spectateurs commencent à se dire que le voyage sera mouvementé. Les jeux de lumière contribuent à cette extase totale, ainsi que l'écran disposé au fond de la salle afin d'illustrer les pièces musicales de Gojira. Le son est précis et puissant, tout est réuni ce soir pour faire de ce concert un moment inoubliable. Jean-Michel fait honneur à sa réputation et gesticule allègrement ; comme quoi il n'est pas nécessaire d'avoir les cheveux de Christian pour headbanguer ! Les paroles mystiques de ce premier titre sont déjà connues de la plupart des membres du public qui clament les paroles avec Joe, "Oroborus symbol of eternal life", passage le plus épique du morceau. Le ton est donné dès ce premier morceau, la foule est déchaînée tout comme le groupe qui continue son chemin en assénant de nouveaux titres, nous faisant revenir vers l'album précédent. Le programme est ce soir d'une efficacité redoutable, le tonitruant "Heaviest Matter Of The Universe" déclenche de violentes perturbations, la tension est déjà à un stade élevé au sein de la fosse, Mario martèle sa batterie avec rage et les lumières suivent le rythme du morceau. Un grand moment qui est rapidement suivi d'un "Backbone" ravageur. Pendant quelques instants, m'étant laissé envahir par la musique, j'en viens à me demander où je me trouve, vous avez dit transe ? Les téméraires spectateurs qui ont accepté de s'engager sur la voie indiquée par Gojira sont malmenés à tout va, mais personne ne souhaite rebrousser chemin.
Après ce triptyque monumental, il est temps de faire une place à un peu de tendresse. Cependant, les apparences peuvent être trompeuses car derrière le "Love" du Gojira se cache un morceau sombre et puissant, qui a permis au photographe Alain Duplantier (tous des artistes dans la famille !) de réaliser un clip à la hauteur du morceau, qui est diffusé sur l'écran tandis que les musiciens exécutent le morceau avec vigueur. Joe vocifère les paroles là aussi reprises par le public : "Last night alone I met the moon !!!". Ce morceau constitue à n'en pas douter une des meilleures créations du groupe. Le début du morceau fait monter progressivement la tension, qui atteint son paroxysme lors des premiers mots de Joe secondé par un Mario impressionnant de rapidité et de précision derrière sa batterie, avant de finir sur un passage saccadé. La tempête se poursuit avec le furieux "From The Sky" et son passage là aussi fantastique au milieu du morceau, véritable ode à la voûte céleste. Une étrange voix résonne ensuite dans la salle, rappelant celle de Paul Masvidal (Cynic) : c'est la voix de Joe modifiée par un vocoder sur "A Sight to Behold", un enregistrement du premier couplet est diffusé pendant qu'un synthé est installé à côté de Joe ; la voix ne semble pas identique à celle du CD, l'aspect électronique paraît plus marqué. Joe, baignant dans un halo de lumière, prend ensuite le relais de la machine et entame ce morceau mirifique tout en jouant du synthé. Derrière lui, on aperçoit le collage réalisé par Mario, présent dans le livret du dernier album.
Cette accalmie est de courte durée car après les passages de guitare mélancolique, la fureur refait surface et nous entraîne dans les profondeurs de notre être "You burn yourself set fire for good / We die eyes closed, dig your own grave now". La découverte scénique de "The Way of All Flesh" se poursuit avec "The Art of Dying", l'introduction tribale n'est pas jouée par les membres du groupe mais diffusée de la même façon que le premier couplet du morceau précédent. Mario réalise un exercice difficile en exécutant ce morceau compliqué, mais il s'en sort avec classe et tout le monde se déchaîne au rythme du morceau. Gojira nous emmène une fois de plus dans son univers, de gré ou de force, la progression du morceau est illustrée par les images du développement d'arbre présentent sur l'écran, le spectacle est un régal pour les yeux, et pour les oreilles ! Les élèves écoutent sagement le maître qui leur enseigne l'art de mourir : "Art of dying, is the way to let all go / Within I practice in the secret of my soul".
Le talentueux Mario nous gratifie ensuite d'un court mais efficace solo de batterie, permettant à ses coéquipiers de prendre quelques minutes de repos amplement méritées, avant de balancer un violent "Clone" qui entraîne la reprise des hostilités dans la fosse ! Gojira est maintemant sur un rythme de croisière et ne prend (malheureusement) pas le temps de jouer le début de "Flying Whales". Une image d'un des ces animaux majestueux s'affiche sur l'écran tandis que Joe clame des paroles utilisant encore une fois une métaphore céleste pour évoquer ces mammifères marins parfois victimes des activités humaines (cf. l'opération à laquelle adhère Joe, "Sea Shepherd"). La fin du morceau voit les membres du groupe se déchaîner et headbanguer férocement tout en se déplaçant sur la scène.
Cette fin de concert est réservée à l'évocation des désastres écologiques, "Toxic Gargage Island" et ses accents "messhugesques" voit Joe déplorer l'existence d'une île de déchets au coeur du pacifique (http://www.vbs.tv/shows/toxic/garbage-island/). Gojira termine son concert avec le morceau "The Way of All Flesh", qu'il dédicace à Trepalium, le concert a débuté avec la fin de ce morceau, et il finit avec le reste de celui-ci. La fin du morceau est il me semble rallongée, Gojira prépare un atterrissage en douceur avec ce morceau qui finit plus doucement qu'il a commencé avec un nouveau passage mélodieux en tapping, technique fréquemment utilisée dans la musique de Gojira. Des images ressemblant à celles présentes dans le clip du morceau "All the Tears" (réalisé par Jossie Malis) accompagnent la musique, bande-son de notre départ dans un autre monde "Do not be afraid and let yourself go ". Les membres du groupe quittent la scène rapidement, nous laissant admirer la beauté du décor, encore bravo aux responsables du light-show.
Bien évidemment Joe, Mario, Christian et Jean Michel reviennent de plus belle pour finir ce concert en beauté. Après un morceau instrumental apaisant, donnant la possibilité au public de refaire surface, Gojira abat sa dernière carte. "Vacuity", tel est le dernier morceau de Gojira ce soir. Un morceau sombre et entraînant. Mario frappe durement sa batterie pendant que Joe déclame un texte désabusé, mais réaliste "The sickness of this world is destroying all the dreams / The fools are kings,tearing apart the soul". Une ambiance parfaitement illustrée par un riff sombre et répétitif, puis par les blasts de Mario. Gojira nous indique le chemin à suivre mais le geste final ne peut être effectué que par nous-mêmes "The only way to find the power is to look inside / Increase your fall on purpose and let this river flow ". Gojira nous quitte tout de même sur un message d'espoir, après l'effort, nous trouverons le réconfort comme dit le proverbe "You crawled and bled all the way but you are the only one / That was tearing tour soul appart,you finally find yourself ".
Le concert se termine sous un tonnerre d'acclamations amplement mérité ! On pourra toujours déplorer l'absence de tel ou tel morceau, l'absence totale d'extraits du deuxième album, mais Gojira a su proposer une set-list quasiment parfaite en choisissant des morceaux variés et en les plaçant judicieusement. On retiendra surtout ce triptyque infernal en début de set. Mario se jette dans la foule qui lui fait visiter la salle dans les airs, puis Joe vient aider son frère à regagner la scène pour distribuer quelques objets, la baguette de Mario provoque d'ailleurs une lutte acharnée entre trois individus ! La foule se remet peu à peu de ce moment intense et observe une dernière fois cette scène qui a accueilli un spectacle grandiose ce soir, avant d'être invitée par la sécurité à sortir rapidement. Joe rappelait que le groupe avait joué ici pour la première fois en 2003 en ouverture de Machine Head, nous attendons déjà leur retour ! Les corps sont fatigués, les esprits, eux, apaisés. Un grand merci à Gojira, et aux organisateurs.
Set List :
- Intro : fin du morceau "The Way of All Flesh" (ghost track)
- Oroborus ("The Way of All Flesh", 2008)
- The heaviest Matter Of The Universe ("From Mars to Sirius", 2005)
- Backbone ("From Mars to Sirius", 2005)
- Love ("Terra Incognita", 2001)
- From the sky ("From Mars to Sirius", 2005)
- A Sight to Behold ("The Way of All Flesh", 2008)
- The Art of Dying (avec intro) ("The Way of All Flesh", 2008)
- Solo de batterie
- Clone ("Terra Incognita", 2001)
- Flying Whales (sans intro) ("From Mars to Sirius", 2005)
- Toxic Garbage Island (avec intro) ("The Way of All Flesh", 2008)
- The Way of All Flesh ("The Way of All Flesh", 2008)
--------------------
- Terra Incognita, fin du morceau "In The Forest" ("Terra Incognita", 2001) également présent sur la démo "Wisdom Comes" (1999)
- Vacuity ("The Way of All Flesh", 2008)
NdWill : Un grand merci à Laurent et Rachel de Listenable Records pour le pass, à Roger de Replica / Base pour l'accueil en backstages, ainsi qu'à Gojira et Trepalium pour leur gentillesse jamais démentie tout au long de ces années !
Jean-Baptiste Juillard, aka JB69 ...pour Noiseweb
http://www.noise-web.com/live_reportsdetail.php?annee=2009&id=147
(concours)
http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&friendID=4552860&blogID=464951631
http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&friendID=4552860&blogID=466760559



